EMMANUEL ROUTIER
Machine-to-Machine. Optimiser la gestion du matériel et du personnel, mettre en place de nouveaux modèles économiques, industrialiser simplement certains processus... Les gains sont réels. Et les applications sans limites. Un marché en croissance de 30% par an, estime Emmanuel Routier, Director Machine To Machine & International M2M Center, Mobistar
° Comment définissez-vous le M2M? Et comment, dans ce contexte mouvant, positionnez-vous l’Internet of Things?
«C’est l’utilisation des télécommunications et de l’informatique pour permettre des communications entre machines, et ceci avec ou sans intervention humaine. Comme toutes les technologies qui émergent, sa définition évolue. Cette technologie fonctionne en utilisant des réseaux, et plus particulièrement les réseaux sans fil publics comme le GPRS, ou bien des liaisons courte distance, comme le Bluetooth ou le RFID. Concrètement, c’est un moyen d’identifier l’état d’une machine à distance, de relever les compteurs d’une machine... ou peser le poids d’une ruche à distance! Le M2M c’est enfin la capacité à distance de faire dialoguer des machines en temps réel.
«L'Internet of Things est une extension, une prolongation. L'idée centrale reste la même: bâtir des interactions entre des objets au travers de réseaux de communication. De toute évidence, le monde des données et celui des objets vont fusionner. Les objets désormais connectés à l’Internet seront intelligents, pourront dialoguer et prendre des initiatives... Je pense que l'avenir des technologies de l'information et de la communication réside pour une part encore insoupçonnée dans la fusion du fixe et du mobile, du réel et du virtuel.»
° En mai 2009, Orange lançait l’International Machine-to-Machine Center (IMC) à Bruxelles dans le prolongement de l’expérience de Mobistar dès 2002. Pourquoi?
«Pour fournir les services les plus appropriés aux entreprises dans le domaine du M2M, mais avant tout pour les accompagner -du conseil préliminaire au service après-vente des solutions. Par-delà la carte SIM et les offres de communications spécifiques aux applications M2M, nous cherchons à comprendre et à nous adapter au business, au fonctionnement et aux enjeux de chaque entreprise qui souhaite recourir à ces solutions. Historiquement, au niveau de Mobistar, nous avions notamment débuté dans la gestion de flottes de véhicules avec Transics, producteur d'ordinateurs de bord. Suite à une ‘beauty contest’ sur l’ensemble des expertises M2M au sein du groupe, Mobistar a été reconnu par Orange comme centre de compétence M2M, ce qui a donné naissance à l’IMC.»
° Avec près de dix ans d’expérience, comment voyez-vous évoluer tant les technologies que le marché?
«D’une manière générale, tous secteurs d’activité confondus, les premières applications ont concerné l’envoi régulier d'une information simple. Aujourd’hui, on va plus loin. Un de nos clients, ELM Leblanc, filiale du groupe Bosch, exploite aujourd’hui le M2M pour développer la maintenance préventive. Les déplacements de ses techniciens sont donc optimisés. Autre client, Primagaz pour lequel Orange a mis en place une solution de mesure de ses citernes de gaz permettant d'automatiser et d’optimiser les livraisons. Même gains en termes d’optimisation. Mais aussi sur le plan environnemental: l'entreprise a chiffré qu’elle allait économiser 80 000 km de déplacements sur route par an, soit 48 tonnes de CO2!»
«C’est un marché qui explose. Nous ambitionnons de dépasser les 10 millions d’objets communicants en Europe en 2015! Orange a déjà activé déjà activé 2,6 millions de cartes SIM. En comparant septembre 2011 et septembre 2010, nous avons multiplié par dix le nombre de cartes signées pour atteindre 1,5 million... Nous sommes confiants. On s’attend à de très grands développements, notamment avec des projets basés sur les technologies de géolocalisation, comme par exemple la fourniture de services de positionnement publics et ou privés de type eFreight, eCall ou encore eToll, au départ des systèmes de positionnement par satellite et les technologies sans contact telles que les RFID.»
° Comment un opérateur peut-il prétendre s’engager dans des projets d’envergeure pour lesquels les compétences sont multiples?
«En les comprenant, en parlant le langage des client ! Ainsi Orange a engagé des médecins parce que nous sommes persuadés qu’il y a un énorme potentiel dans le secteur de la santé, de même que nous avons engagé des experts venant du domaine automobile, autre secteur prometteur... Ensuite, notre ambition est avant tout de développer un écosystème autour d’intégrateurs informatiques, de spécialistes métiers, de fabricants d’électronique. Nous créons aussi des co-entreprises, comme m2ocity avec Veolia Eau au début de cette année. L’objectif, ici, est d’installer, puis exploiter et maintenir les réseaux permettant la collecte et la transmission des données de relève des compteurs d’eau. Le M2M est un pilier des Smart Grids!»
«Nous pensons que notre avenir repose non seulement sur des alliances de ce type, mais aussi sur des partenariats à travers lesquels chacun apporte ses compétences. Avec la multinationale Sorin, par exemple, nous testons en Europe l'intégration d'un système communiquant avec les défibrillateurs cardiaques et pacemakers afin de transférer, en temps réel, les informations sur l'état de santé du patient sur la base de ces informations et, in fine, d’offrir au patient une certaine quiétude sans qu’il s’inquiète sur la planification de son prochain rendez-vous à l’hôpital.
«Ce faisant, nous allons pouvoir aider nos clients à développer de nouveaux business models, en leur permettant, par exemple, d’accéder au paiement à l’usage, que ce soit pour l’utilisation d’une chaudière... ou d’une automobile au départ d’éléments de traçabilité, domaine qui sensibilise aujourd’hui les assureurs.»
° En juin 2011, Orange a conclu un accord mondial avec SITA. On a parlé d’un potentiel de plusieurs millions de cartes SIM à activer...
«D’emblée, on songe à des services de type EFB (Electronic Flight Bags) et autres applications mobiles aux passagers. Mais il y aura d’autres applications, comme les check lists via des tablettes... Le potentiel est énorme, bien que difficile à chiffrer. D’autres usages s’imposeront au fil du temps. Etant déjà le premier fournisseur mondial de services de données du secteur aérien, SITA va pouvoir étendre ses services, devenant un guichet unique pour ses clients en y intégrant des services de mobilité M2M.
«Globalement, tous marchés confondus, nous sommes incapables d’évaluer le potentiel applicatif. Partout, de nouveaux besoins se font jour. Songez à la gestion de la chaîne d'approvisionnement -gestion des stocks en temps réel, facilitation d'inventaire, suivi des colis, etc. Ou à la télésurveillance -déclenchement automatique d'alarme pour intervention sur site. Voire le monitoring -relevé automatique de compteurs et suivi d'outils bureautiques, via la télémétrie. Ce n’est qu’un début!»
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