En 2001, Gartner avait conseillé de préparer deux budgets. Pour 2009, le cabinet propose -prudent- d’en préparer trois… afin de tenir compte des différentes hypothèses d’évolution du marché.Vendredi 12 Décembre 2008
Première hypothèse, un budget optimiste à… 0%. Deuxième hypothèse, plus vraisemblable, à - 2,5 %. Troisième, enfin, clairement négative: à - 5%. Ce ne sont que des ordres de grandeur. Réalistes? Pessimistes? On peut en discuter à l’infini. N’empêche.
Seule certitude, confirmée par différents analystes, les dépenses informatiques des PME seront plus «impactées» que celles des grandes entreprises. D’ailleurs, certaines grandes organisations des secteurs de l'énergie et des services publics en particulier, contraintes d'investir à l'aube de la libéralisation des marchés sur lesquels elles opèrent ou pour faire face au durcissement attendu de l'environnement réglementaire, devraient continuer à alimenter la croissance du secteur. Côté fournisseurs, les spécialistes du conseil et de l’intégration devraient être les plus touchés, suivis des éditeurs de licences applicatives et, enfin, des fournisseurs d’éléments d’infrastructures. Logique. «Mes serveurs tournent. Je vais bien pouvoir attendre un an avant de les remplacer. Et tant pis s’ils ne sont pas très économiques sur le plan énergétique…»
Cette réflexion, on risque fort de l’entendre encore souvent en 2009. A moins de changer de modèle. Dans un contexte économique difficile, le recours à la location, en particulier, pourrait connaître un nouvel essor. Ses atouts? Concilier la maîtrise budgétaire, l’évolution technologique et une offre de service de plus en plus étoffée. Mais ce ne seront pas forcément les spécialistes de la location qui tireront les marrons du feu. Sans bruits, certains grands constructeurs vont jusqu’à offrir du «zéro %», histoire de doper leurs ventes…
Projets abandonnés, projets condamnés… Les informations circulent comme autant de rumeurs. Etrange période. Alors même que nous savons tous que les temps vont être difficiles, ne serions-nous pas en train de chercher à se faire vraiment peur?
Franchement, les reports sine die de projets majeurs sont relativement rares -sauf, il va sans dire, dans les organisations qui ont été les premières touchées par la crise. Dans leur majorité, les entreprises maintiennent les projets engagés ou à engager. Du moins quand ces projets touchent directement au business. Exemple typique, la Business Intelligence. A l’opposé, les projets d’infrastructure. Certes, on ne remettra pas en cause les projets de virtualisation en cours ou prévus. Mais on peut reporter une migration vers Vista que, de toute façon, l’on allait aborder sans réel engouement…
Tout bien réfléchi, 2009 pourrait être la bonne fenêtre pour engager des travaux de fond sur le système d'information et ses applications: travail sur l’optimisation des performances, actions ciblées de détection de réservoirs de productivité… Bref, une série d’actions qui peuvent rapporter sans réellement coûter. A la clé, des gains mesurables, quantifiables. Autres «gagnants» de la crise, les promoteurs de services. Les modèles ASP, SaaS et Cloud Computing tombent à point nommé pour passer à travers les cycles économiques, tant du côté utilisateur que prestataire.
Côté prestataire, ces modèles génèrent des revenus récurrents, ce qui permet de voir l'avenir avec un peu plus de sérénité… Côté utilisateur, on apprécie la rapidité de leur mise en oeuvre -dont le coût, sous forme de loyer passe en charge d'exploitation, et non pas en investissement.
Le SaaS, en particulier, permet de mieux maîtriser les coûts induits d’une application. On sait en effet que les coûts initiaux d’acquisition et de déploiement représentent rarement plus du tiers du TCO (Total Cost of Ownership) d’une application sur une période de cinq à sept ans. Ce qui veut dire que deux tiers du coût sont liés aux frais de maintenance et d’évolution ultérieurs… Le modèle locatif proposé par le SaaS permet de mieux maîtriser les coûts cachés. De fait, il intègre le plus souvent les évolutions de version et leurs coûts induits, dans la mesure où les mises à jour de version sont transparentes et que le support est optimisé pour l’éditeur qui peut corriger plus facilement un dysfonctionnement éventuel en accédant en ligne à l’application.
Si la crise a une vertu, c’est bien celle de catalyser davantage notre attention sur d’autres modèles; à parier sur l’innovation pour imaginer de nouveaux relais de croissance ou de manoeuvre budgétaire. Longtemps on a cru bon de changer une application uniquement lorsqu'elle était frappée d'obsolescence, souvent au bout d'une dizaine d'années. Aujourd’hui, un modèle comme le SaaS permet de reconsidérer notre point de vue, de saisir de réelles opportunités en choisissant un outil novateur ou, plus simplement, mieux adapté à la stratégie de l'entreprise.
Gartner, encore, propose un véritable état de siège. «Faites le ménage au sein de l’IT, aidez à le faire dans l'entreprise, reconsidérez vos achats, protégez vos collaborateurs, révisez vos budgets et préparez plusieurs scénarios d'évolution
Ou transformez… Si la première démarche est défensive, la seconde est offensive. Elle est surtout constructive, note Capgemini Consulting. «Transformer une entreprise ou une institution, c’est lui donner une forme nouvelle et un élan qui font sens afin de créer davantage de valeur.»
La transformation est un pari sur l’avenir. Et décider de sa trajectoire de transformation est un choix stratégique suivi d’une action décisive. Elaborer une stratégie de transformation, c’est choisir entre plusieurs scénarios d’exécution; c’est sécuriser les conditions de réalisation du programme; installer un état d’esprit et des comportements favorables à la transformation. Le tout participe à l’amélioration de la compétitivité: réduction des coûts, modification du business model, recherche et mise en œuvre de synergies post-fusions, réduction du capital utilisé. Egalement à la mise en place de dynamiques de croissance: création d’un nouveau business model, recherche d’opportunités de développement de business, élaboration de business plans, mise sous tension de business units décentralisées.
Concrètement, il ne s'agit plus d'installer des solutions existantes et standardisées pour des problématiques classiques et bien répertoriées, mais de réfléchir aux solutions innovantes à mettre en œuvre, de les proposer aux utilisateurs et aux directions générales, puis de les mettre en œuvre très rapidement.
Piloter l'inventivité, cultiver l'innovation, ne pas hésiter à s'inspirer de ce qui se fait ailleurs, tirer parti de ce que propose la socialisation de l'informatique en termes de collaboration, de mise en commun des idées… Le défi est énorme, c’est vrai. Mais a-t-on seulement le choix? Ne sommes-nous pas au pied du mur? Dans la même rubrique :
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