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Fragmentation du marché mobile…Les ennuis commencent-ils?Rédigé par La rédaction le Vendredi 23 Octobre 2009
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Il n'y a pas un jour où un constructeur ou un éditeur ne communique sur une nouvelle application, un nouveau terminal, une nouvelle technologie… Le marché de la mobilité affiche une dynamique exceptionnelle, qui n’est toutefois pas sans dangers. Incompatibilité des solutions, pérennité non assurée, totale dépendance vis-à-vis des fournisseurs. Méfiance!
Qui aurait cru, il y a quelques années, à l'essor de la photographie sur mobile? Qui aurait imaginé que l'intégration d'un APN, même de piètre qualité, dans un téléphone pourrait créer de nouveaux usages, de nouvelles expériences utilisateurs comme la réalité augmentée qui n'en est encore qu'à ses débuts?
Après la bulle Internet, tout paraissait encore simple. Nokia et l'alliance Symbian étaient quasi incontournables sur les téléphones «grand public»; Windows Mobile –ou, plutôt, Pocket PC à l'époque- régnait sur le monde professionnel en proposant une plateforme compétitive; Palm OS, pour son usage personnel, était plébiscité par les utilisateurs… «Pour l'usager cela signifiait une décision rapide lors de son achat, rappelle Rémy Poulachon, Chief Technology Officer, responsable R&D, P&T Consulting. Pour les sociétés de services, spécialisées dans le développement d'applications mobiles, mais aussi pour les agences marketing, la réalisation de projets mobiles était une ‘formalité’; les équipes de développement se focalisaient sur un ou plusieurs systèmes d'exploitation, les développeurs avaient des compétences liées aux plateformes et les technologies de déploiement étaient semblables.»
Certes, tout n'était pas rose. La fragmentation du système Symbian avec ses multiples sous-systèmes ne permettait pas de développer aisément une application. Le monde Microsoft était plus simple puisque la plateforme cible n'avait pas ou prou évolué (Pocket PC 2002, 2003, Windows Mobile...), les développeurs se concentraient essentiellement sur les nouvelles caractéristiques du terminal (intégration notamment du GPS et de l'appareil photo). Enfin, n'oublions pas le BlackBerry, destiné à un usage purement professionnel et dont la principale fonctionnalité, à l'époque, était d'accéder à ses e-mails professionnels.
Puis est arrivé Apple... La donne a changé. L'arrivée d'un terminal multi-fonctions répondant aux aspirations marketing du moment et intégrant une interface simplissime a contribué à changer radicalement la perception des utilisateurs vis-à-vis des téléphones «intelligents» et a bousculé le paysage des ténors existants. Le marché était devenu quelque peu «atone», et les évolutions des interfaces utilisateurs étaient liées essentiellement à la bonne volonté des constructeurs. L'iPhone a redynamisé le marché en proposant une interface qui rendait l'utilisation du téléphone simple et intuitive tout en offrant des applications à foison. La suite, nous la connaissons bien, poursuit Rémy Poulachon. Les différents constructeurs ont emboîté le pas -avec retard pour certains- afin de proposer des téléphones plus évolués mais aussi plus simples. Ils ont accéléré la prédominance de l'écran tactile, et à fortiori, de la technologie multipoints, et ont adopté de manière standard les dispositifs GPS, APN, biométrie... «Outre l'arrivée d'un nouvel appareil, il s'agit d'un système complet de kiosque d'applications qui est devenu incontournable, comme AppStore, AppWorld, Market Place, Ovi, Samsung Mobile Applications, etc. Mais ce qui était une véritable avancée pour l'usager s'est très rapidement transformé en bataille de tranchée pour les constructeurs et les éditeurs. En cause, la fragmentation accélérée du marché!»
Les années 2008-2009 ont vu éclore un nombre incroyable de nouveaux produits. De nouveaux acteurs -qu'on n'attendait pas d'ailleurs- se sont positionnés sur un marché de plus en plus convoité, ce qui a irrémédiablement suscité l'arrivée de nouvelles technologies et de nouvelles plateformes. Apple a dégainé le premier en proposant une plateforme basée sur son Mac OS et dont les développements s'effectuent en Objective C. Google a répliqué aussitôt avec Androïd basé sur du Linux et développé à partir de Java. Palm a sorti le Palm Pre, basé sur Web OS. HTC a décliné Windows Mobile en proposant sa propre interface utilisateur Touch Flo. Le consortium LiMo a proposé un système basé sur un noyau Linux. Et ce, sans compter les différentes déclinaisons J2ME qui fleurissent également. La fragmentation, c'est-à-dire la multiplicité des terminaux, des OS et des technologies sous jacentes s'est accélérée jusqu'à aboutir à une ribambelle de systèmes nouveaux… et anciens.
Résultat: tous ces systèmes sont parfaitement incompatibles entre eux! Cela signifie qu'une application développée pour une plateforme doit être entièrement retravaillée pour la nouvelle plateforme cible. «Aujourd'hui, pour une société de services ou un éditeur, proposer une application capable d'être générique et donc accessible à tous les terminaux du marché relève du parcours du combattant, assure Rémy Poulachon. La multiplicité des technologies, des outils de développement, et des caractéristiques intrinsèques des appareils empêche véritablement de générer des services.»
Ce constat n’est pas sans rappeler, dans une moindre mesure il est vrai, la guerre des consoles de jeux opposant les technologies de Microsoft, Sony et Nintendo où un jeu vidéo doit être «réécrit» pour tirer parti des fonctionnalités de ladite console. Les éditeurs doivent alors faire des choix -plus économiques que techniques.
Conséquence pour le consommateur: il se retrouve pieds et poings liés avec un constructeur de terminaux, sa politique tarifaire et ses choix de distribution d'applications, avec la très nette sensation qu'il lui sera difficile de changer de terminal nomade tout en conservant ses contacts, ses applications préférées et ses outils de prédilection… «Tout porte à croire que les éditeurs se tourneront de plus en plus vers le modèle économique le plus attrayant, initié par Apple avec son 80/20, il est maintenant copié voire surpassé par les offres concurrentes, analyse Rémy Poulachon. Cela signifie encore que le cycle de vie d'un téléphone portable va être lié au support des constructeurs eux-mêmes et à sa capacité à posséder un éventail d'applications…» Tout indique, aussi, que la segmentation qui s'opère entre les constructeurs et les éditeurs s'intensifiera. Les constructeurs qui proposaient une plateforme unique sur leur terminaux changent leur fusil d'épaule et intègrent dans leur gamme un autre système d'exploitation -c'est le cas, notamment, de HTC qui propose des terminaux sous Windows Mobile, mais aussi sous Androïd.
«Les éditeurs de logiciels vont devoir s'adapter et se structurer afin de pouvoir répondre à toutes ces nouvelles demandes et aux nouveaux besoins des utilisateurs, ce qui va conduire les plus petits d'entre eux à une spécialisation forte sur un terminal et, pour les plus gros, à consentir des efforts financiers et humains plus importants.»
Finalement est-ce que l'usager que nous sommes sera impacté directement par cette fragmentation accélérée du marché mobile? «Accéder à un ensemble important d'applications, pouvoir choisir un terminal parmi des centaines de modèles différents ne peut être que bénéfique pour notre porte-monnaie. Mais comment être sûr, questionne Rémy Poulachon, que ce choix sera pérenne et que le terminal choisi sera encore supporté par les éditeurs et les constructeurs dans quelques années?» En somme, va-t-on assister à une consolidation d'un marché où les acteurs d'aujourd'hui risquent de ne plus être présents demain? Difficile en effet d'analyser un secteur extrêmement mouvant, sensible aux fluctuations économiques et, plus encore, aux évolutions technologiques (l'apparition de l'écran multi-points et de l'APN intégrés par exemple). «Quoi qu'il en soit, nous allons assister pour cette fin d'année à un déluge d'annonces et peut être à des surprises de taille…» Nouveau commentaire :
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