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Octobre 2008

Jean-Claude Quintart
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«L'onde de choc provoquée par la crise du crédit immobilier à risque aux Etats-Unis se propagera-t-elle aux sociétés de services informatiques?» Ce n’est plus la question du jour. La crise est là; on a déjà frôlé la catastrophe. Mais cette question, les analystes d’Aurel Leven l’avaient déjà posée en ces termes le 22 septembre 2007, un an quasi jour pour jour avant le crash de Fortis!



Que disaient alors ces analystes? «Véritable moteur de la croissance des prestataires de services informatiques, le secteur financier génère environ 30% de leur activité. Les banques consacrent près de 9% de leurs revenus aux dépenses informatiques. Aujourd’hui, on s’emploie à minimiser les conséquences de la crise. Mais les investisseurs sont inquiets…»

Octobre 2008
12 octobre 2008. Accord des Quinze sur le refinancement des banques. Les bourses saluent l’initiative, ce qu’elles n’avaient pas fait pour la plan Paulson. Une bouffée d’oxygène. Mais plus rien ne sera comme avant. Le crédit va se raréfier. Et les banques serrer encore un peu plus leurs budgets. Financial Insights, un cabinet membre du groupe IDC, prévoit une baisse de 6% des budgets informatiques (matériel et logiciels) et des dépenses dans les services associés. «Le nombre de clients potentiels continue de diminuer alors que les institutions elles-mêmes deviennent plus complexes», rapportent ses consultants.

«Les entreprises du secteur financier ont commencé à réduire leurs dépenses informatiques il y a déjà un bon moment, celles-ci sont donc déjà plutôt maigres, commente pour sa part Ellen Carney, analyste chez Forrester Research. Tout cela était écrit!»

Pour certaines institutions, en Belgique et au Luxembourg en particulier, ce sera un gel des budgets, ni plus ni moins.


Les entreprises technologiques ne sortiront donc pas indemnes de la crise. Toutefois, la recomposition du paysage financier pourrait leur offrir quelques opportunités, de nouveaux marchés qui permettront peut-être d'en atténuer l'impact.

Il faudra travailler sur l'intégration des systèmes informatiques des banques qui n'ont pas eu d'autre choix que de fusionner ou de se faire racheter. Sans doute, accélérera-t-on le remplacement de certains progiciels. Sans doute, aussi, sera-t-on plus motivé à déployer une stratégie SOA. Tant mieux! Mais à terme cependant, une fusion se traduit toujours pas une réduction du nombre de fournisseurs.

Il y a aura des «gagnants» et des «perdants». SAP, par exemple, a vu sa position renforcée auprès de Bank of America à l’issue de la reprise de Merrill. Autre «gagnant» possible, IBM après la reprise de Fortis par BNP-Paribas. Rappelons que, depuis 2004, l’informatique de la banque française est gérée par une co-entreprise créée avec «Big Blue», BNP Paribas Partners for Innovations…

Alors, réduction des budgets ou, au contraire, accélération du processus de changement? La question divise. Pour certains analystes, les dépenses du secteur financier ne vont pas se tarir; les investissements dans l'amélioration du fonctionnement des systèmes d’information devraient, au contraire, devenir prioritaires.

Dans ce schéma, les investissements devraient se tourner vers les logiciels d'aide à la décision et les outils analytiques. Ils devraient, surtout, privilégier les solutions de GRC (Governance – Risk – Compliance).

«Nous allons vers plus de rigueur, donc plus d’exigences en termes de conformité, commentait Pierre Noël, World Wide IBM Executive Risk Management & Information Security, au cours du récent International ICT Symposium à Brussels Expo. Tout ce qui a été réalisé jusqu’ici n’est qu’un début, un avant-goût…»

Un avant-goût peu concluant, un début apparemment insuffisant. A en croire une étude de l'Economist Intelligence Unit pour le compte d’Oracle, menée auprès de 195 dirigeants, les entreprises anticipent encore mal les problèmes de GRC. Pour la majorité de ceux-ci (54%), leur organisation ne s'est dotée d'aucun conseil ou comité chargé des problèmes de gouvernance, de risques et de conformité réglementaire; 61% des dirigeants interrogés indiquent par ailleurs qu'en ce domaine l'approche de leur organisation est uniquement… réactive.

Rejet? Mauvaise perception? Ou, tout simplement, mauvaise compréhension? De toute évidence, les avantages d’une stratégie intégrée en matière de GRC restent flous. Bien peu identifient la réduction des risques, l'amélioration de l'efficacité et le renforcement de la confiance des actionnaires… Pour tout dire, la plupart des organisations abordent ces activités de façon dispersée. Seuls 13% des dirigeants interrogés décrivent leurs initiatives en matière de GRC comme étant «très intégrées».

En cause, les services ICT. Du moins partiellement. Un peu moins de la moitié des personnes interrogées (45%) pensent que le système d’information de leur organisation est correctement adapté à leurs initiatives en matière de GRC. Pour preuve, plus d’un quart (27%) des dirigeants interrogés estiment manquer d’informations dès qu’ils abordent le sujet…

Le secteur bancaire pèse pour un peu plus de 16% des dépenses informatiques en Europe. C’est le second secteur du marché en valeur derrière l’industrie; il a également été l’un des secteurs les plus porteurs en 2007 en termes d’investissements en logiciels et services avec une croissance de 8%, dans la foulée d’une année 2006 déjà très dynamique. Et demain?

Nombre d’acteurs avaient déjà prédit un repli au cours du second semestre 2008. Signes précurseurs, des projets lancés sur de plus petits périmètres avec des cycles de décision qui ont une fâcheuse tendance à s’allonger… Mais aucun n’avait envisagé le cataclysme de septembre!

Faut-il pour autant sombrer dans le pessimisme? Des institutions financières disparaîtront, d’autres fusionneront. Mais toutes devront reconsidérer leur stratégie, renforcer leurs systèmes, leur conformité; toutes devront rationaliser encore davantage leurs coûts -ici en consolidant, là en mutualisant et en externalisant.

Seul réconfort, l'effondrement de Wall Street fera revenir les jeunes à l’informatique, prédit le magazine Computerworld. La débâcle de ces dernières semaines pourrait inciter les étudiants à se diriger de nouveau vers les métiers de l'informatique qu'ils avaient délaissés après l'éclatement de la bulle Internet en 2001. Une théorie confirmée par quelques professeurs.

Science sans conscience, finance sans intelligence…

Si la crise actuelle n’était pas à l’ordre du jour, elle s’inscrivait néanmoins en filigrane des présentations de la conférence IT Finance d’IT One le 2 octobre dernier.

EFA a démontré la qualité de son projet Governance & Methodology appliqué à ses rouages d’administrateur de fonds à Luxembourg… Fixer clairement les rôles, les compétences, les responsabilités, le tout en concertation avec les acteurs pour une acceptation sociétale gage de réussite du projet résume la démarche. Un trajet long, difficile. Mais nécessaire. Pour Jean-Marc Verdure, directeur IT and Organization chez EFA, reprenant une citation du sinologue Marcel Granet, «la méthode est le chemin à suivre une fois qu’on l’a parcouru!»

I.R.I.S.,dans la foulée de l’explication de sa philosophie ECM, profita discrètement du moment et de l’audience pour mettre en exergue ses produits Mifid. Les événements des dernières semaines et les temps incertains que nous traversons sont évidemment propices à la réflexion.

Outre l’intérêt évident pour ces projets et solutions, on peut s’interroger. Davantage de gouvernance et davantage de conformité auraient-elles permis d’éviter une telle débâcle? Personnellement, j’en doute. Le «clash» actuel étant davantage le fait d’une fracture entre intelligence ICT et intelligence humaine. Après le célèbre «science sans conscience…», pourquoi ne pas parler ici de finance sans intelligence!

Eternelle question: entre les comptes timorés de nos bons commerçants d’hier et l’insouciance des prises de risques de certains financiers, où situer le juste milieu? De même, comment servir transparence et secret? Où s’achève l’intérêt du client et où commence celui de la banque? L’ICT montre ici ses limites.

Bref, avant d’envisager de nouveaux outils et de nouveaux produits, ne serait-il pas plus judicieux de remettre de la raison au cœur et dans le cœur des salles des marchés?

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