Passée au «green», la BCEE fait ses comptes
Rédigé par La rédaction le Jeudi 11 Février 2010
° «Green, évidemment! Mais on verra plus tard…» Le plus souvent, les initiatives sont isolées, rarement une stratégie est clairement déterminée. Est-ce par manque de moyens, de temps, de compétences? Ou faut-il voir l’importance du projet -transversal- qui se voit rarement attribuer un leader?
Michel Mergen (*): «Certainement la sensibilité aux problèmes de l’environnement n’a pas convaincu tout le monde au même moment et à la même vitesse. Les entreprises ne font pas exception aux observations qu’on peut faire dans son entourage personnel.
Par contre, à la BCEE nous nous sommes focalisés rapidement sur les produits bancaires dits « verts » ou « socialement responsables » et nous avons mis en place un large éventail d’initiatives internes dont le résultat est le respect de l’environnement, la diminution de la consommation d’énergie, etc.
Dans le domaine spécifique de l’IT, il y a énormément de choses à faire. Pour mettre en évidence les différentes actions green, petites et grandes, et leur assurer une priorité il faut deux éléments: des équipes motivées pour le green et un business case positif !
Faut-il pour cela un unique projet transversal, j’en suis moins convaincu ?
Pour travailler green, il n’y a pas de « shopping list » de projets toute faite. Il faut connaître en détail sa propre infrastructure, les nouveaux moyens techniques et identifier les points d’amélioration.
Nous avons passé au peigne fin nos infrastructures, motivé les personnes, rassemblé les idées, responsabilisé les personnes et les équipes. Progressivement, il s’est mis en place une dynamique propre qui a intégré le réflexe green dans tous les projets avec un résultat plus profond, plus pragmatique et parfois plus large qu’une décision centrale. »
° Quels sont les moteurs du «green»? Prioritairement, la possibilité de réaliser des économies? Une réponse préventive aux directives qui vont forcément suivre? Ou une question d'image?
«Jusqu’ici, à la BCEE, les meilleurs moteurs du ‘green’ ont été les besoins de modernisation. Sur base d’un ‘business case’ qui se justifie, nous avons été capables de moderniser nos infrastructures tout en nous orientant vers des solutions durables. Ce faisant, bien souvent, plutôt que les attendre, nous devançons les directives et autres obligations légales. Nous n’opérons donc pas sous la contrainte. C’est positif en termes d’image. Et, je l’espère, cela incite d’autres acteurs à nous suivre.»
° Avez-vous une idée claire de vos besoins, des processus à changer, des ressources à mettre en place? Pensez-vous pouvoir gérer seul la démarche «green»?
«Je pense que nous avons une vue claire de nos besoins, mais sans doute pas de manière exhaustive… Il n’est pas sûr, d’ailleurs, que ce soit nécessaire. Il faut juger l’action, la pertinence des priorités qu’on s’est fixées. Comme pour tous les projets informatiques d’une certaine complexité, ce n’est pas une seule personne qui détient tout le savoir-faire. D’expérience la plupart du savoir-faire existe déjà dans les équipes internes d’ingénieurs et aujourd’hui les fournisseurs sont également avisés et peuvent donner des conseils de plus en plus ciblés sur la question. »
° Comment opérez-vous vos choix? Etes-vous tenté d’allonger la durée de vie de vos équipements?
«Pour la BCEE, nous disposons d’un environnement qui est - pour une très grande partie - renouvelé. Sur les trois dernières années, notre politique de virtualisation nous a amenés à renouveler beaucoup d’éléments, tant au niveau serveur que stockage… Oui, on est bien conscient du problème de recyclage des anciens équipements. C’est pourquoi on ne virtualise pas les serveurs qui vont disparaître de leur mort naturelle dans les deux ans à venir. Ainsi, la durée de vie de notre matériel se situe entre trois et six ans, suivant un bon compromis entre modernisation matérielle et logicielle, performance et fiabilité.»
Quels sont vos enseignements sur la démarche Green IT ? Qu’auriez-vous à conseiller à vos pairs ?
« Il y a, en effet, un enseignement simple et assez étonnant.
Les projets Green IT que nous avons réalisés ses dernières années peuvent être entamés sans discussion idéologique sur le bien-fondé du Green IT. Tous se basent sur des business case positifs.
Par contre, motiver les équipes pour identifier tous les sujets intéressants, faire les travaux préparatifs au business case, obtenir la bonne priorité pour la réalisation des projets et les maintenir à la bonne vitesse tout au long de leur réalisation ne peut se faire que dans une entreprise qui est sensibilisée à la problématique de l’environnement »
(*) Michel Mergen, Chef du Service
Production Informatique, Banque et Caisse d'Epargne de l’Etat
Des postes de travail au data center, bilan chiffré, sans concession. Des gains appréciables à tous niveaux
> Les postes de travail utilisateur
Le Green IT résulte souvent d’une réflexion plus large. Pour les postes de travail, outre la question de la consommation électrique, c’est le souhait de forcer le logoff du poste de travail qui a incité la BCEE à agir, et à développer en conséquence une solution «maison» basée sur un «logoff» automatique et une mise en «standby» des postes, le «reboot» automatique chaque lundi matin et, enfin, le réveil du PC par l’utilisateur à son arrivée le matin. Le projet s’est étalé sur dix mois (charge: 200 j/h). La mise en production s’est faite par étapes afin de gérer le changement. Les bénéfices? Les postes de travail sont désormais allumés en moyenne 56 h15 au lieu de 168 h par semaine, soit seulement un tiers du temps. Ce qui a permis, sur base des postes actuellement en place, de générer un gain de 925.000 kWh/an, ou 600 tonnes de CO2.
> Les postes Internet
Un accès Internet avec e-mail pour tout le personnel… mais sur base d’une infrastructure indépendante -volontairement isolée pour des raisons de sécurité. La BCEE souhaitait par ailleurs gérer son infrastructure de façon centralisée. Le projet a réclamé la mise en place de 25 serveurs Windows, la mise en route de serveurs pour la messagerie Internet, le déploiement de solutions de backup centralisé et la migration de 200 postes Internet. Soit une charge de travail de 460 j/h étalée sur dix-huit mois. A la clé, la généralisation d’Internet à tout le personnel, une plus grande facilité de déploiement des nouveaux utilisateurs et nouveaux logiciels. Et, cerise sur le gâteau, un gain de 77 tonnes de CO2 par an (120.000 kWh/an), en éliminant 200 vieux postes stand alone internet
> Les systèmes d’impression
Remplacement des machines vétustes, mais aussi réduction du nombre d’équipements à travers une consolidation du parc grâce aux machines multifonctions, activation par défaut du recto-verso et, enfin, gestion centralisée des toners. Le projet s’est déroulé en deux phases. D’abord, en 2007-2008, le remplacement de 1.290 équipements par 850 nouvelles imprimantes dont 189 MFP (multiple function printers), ainsi que le remplacement de 35 copieurs de gros volumes par 15 MFP gros volumes (380 j/h). En 2009, remplacement de 750 matricielles par 400 machines laser, adaptation des applications, avec plus de fonctions basées sur le laser (240 j/h). Premier bénéfice, une réduction de la consommation électrique du fait de la suppression de 790 machines (39%), soit un gain de 360 tonnes de CO2/an (550.000 kWh/an). Réduction, aussi, du volume de papier imprimé de… 3 millions de pages/an (15%). Par ailleurs, 27% des documents imprimés le sont désormais en recto/verso. Plus les bénéfices liés à la fonction «scan-to-mail» en lieu et place des photocopies distribuées. Enfin, notons le recyclage de 1.091 toners consommés en 2009, ainsi qu’un suivi détaillé d’utilisation (pages, recto/verso…).
> Les écrans
Problèmes de fiabilité liés à l’âge des écrans, la plupart datant de 2000-2001. Besoin, par ailleurs, d’écrans offrant plus d’espace d’affichage. Et nécessité d’abandonner les derniers CRT (250 unités). Autant de raisons de reconsidérer la problématique dans sa globalité. Le projet -externalisé- s’est concrétisé par le remplacement de quelque 2.000 écrans sur quatre mois. Premier bénéfice, en mode de fonctionnement une consommation électrique constante pour le double de l’espace d’affichage à l’écran (transfert d’un écran 15 pouces 1024 x 868 à un écran 22 pouces 1680 x 1050) ainsi qu’une consommation de 0 W en veille. L’abandon des vieux CRT de grande taille très gourmands en énergie a résulté en un gain de 256 tonnes de CO2 ..
> Dans le data center….
Problèmes de climatisation, de consommation électrique, et donc coûts de fonctionnement, sans parler des contraintes d’allocation de surfaces au sol… Au début des réflexions, le «Green IT» n’était pas considéré dans les justificatifs d’un projet! Pourtant, il a bien fallu agir. A tous les niveaux. L’approche ne peut être que globale. Elle concerne autant les salles que les systèmes informatiques en place.
Se voulant «open», la BCEE a redéfini sa stratégie de sélection de systèmes d’exploitation en fonction de ses objectifs, mais aussi en fonction des aspects de sécurité et des contraintes liées aux logiciels. Préférence a été donnée aux systèmes d’exploitation virtualisés (serveurs et stockage). Mise en place de VMware avec virtualisation du stockage par DataCore (66 serveurs virtuels / 8 serveurs physiques). Charge de travail: 400 j/h; durée 29 mois. Fin 2009, 96 serveurs virtuels / 12 serveurs physiques étaient en place.
L’an passé, toujours, la BCEE se lançait dans la consolidation AIX. Toutes les machines sont partitionnées (105 partitions). Le projet s’étalera jusqu’en 2011. A terme, le nombre de serveurs sera passé de 41 à 15; ils étaient 30 à fin 2009. A la clé, des ratios intéressants: 3,5 aujourd’hui (30 serveurs pour 105 partitions); 7 en 2011 (15 serveurs pour 105 partitions).
D’autres bénéfices encore: ratio de 8 serveurs virtuels Windows / serveurs physiques; ratio de 7 partitions Unix / serveur physique; abandon de 128 serveurs Windows et 26 machines Unix; besoins limités pour l’installation de nouveaux serveurs physiques. Mais aussi: économie de 140.000 EUR en maintenance annuelle et gain de 525 tonnes de CO2 (810.000 kWh/an).
Les mainframes n’ont pas été oubliés…Tout en suivant les progrès technologiques, la BCEE entend maîtriser la croissance CPU pour optimiser les investissements tant matériels que logiciels, réduire les frais de maintenance matériels et limiter les coûts logiciels.
S’il est difficile, ici, de parler de «projet», l’effort n’en reste pas moins important. Chaque jour, il faut suivre et optimiser les performances; chaque semaine, dresser un tableau de bord CPU et, chaque mois, décider du niveau de la capacité CPU utilisable. Enfin, selon les besoins et les opportunités, songer à des upgrades ou remplacements de systèmes. Bénéfice attendu, inverser la tendance «croissance CPU», éviter l’installation de modèles gourmands en électricité et en besoin de refroidissement. Jouable! La BCEE a pu réaliser son premier «downgrade» en MIPS!
Efforts, aussi, au niveau du stockage sur base d’une optimisation de la croissance de l’espace utilisé. La déduplication en Lotus Notes a permis un gain d’espace disque de 33%. Et la mise en route du concept «thin provisionning» promet un gain de 45% dans l’environnement DataCore et de 50% (escompté) dans l’environnement UNIX. In fine, aujourd’hui, cela se traduit par un rythme plus lent des ajouts de disques et une consommation électrique maîtrisée.
Dans les salles, les efforts ont été menés à deux niveaux: les racks et la climatisation. Pour les racks, on note une diminution du nombre d’unités (50%), le projet de migration de serveurs vers des racks «redésignés» et une consommation globalement stable avec une tendance à la baisse. Pour la climatisation, le projet mené en collaboration avec le service Facilities Management a porté sur l’optimisation des faux planchers, et s’occupera ensuite des allées chaudes / froides, le volume d’air en circulation et le refroidissement ciblé à l’intérieur des racks.
> Conclusion générale…
Des gains appréciables à tous les niveaux. Ce qui ne signifie pas que l’exercice en restera là.
Des défis sont encore à relever. De même, il faut aussi tenir compte de certaines contraintes. Ainsi, la BCEE regrette que les logiciels de certains éditeurs ne supportent pas la virtualisation. Comme d’autres organisations, elle bute encore et toujours sur les licences logicielles basées sur la capacité des serveurs physiques et non sur la puissance allouée à la partition virtuelle
N’empêche, le ROI atteint est impressionnant. C’est donc la preuve que des gains écologiques vérifiables sont possibles à de multiples niveaux. La BCEE en conclut aussi que pour se lancer dans le Green IT, il faut d’abord trouver le bon «business case» et savoir saisir les opportunités, qu’il s’agisse de remplacer des matériels vétustes ou de répondre à des besoins fonctionnels. Ces étapes franchies, pour continuer à avancer, il faut mettre en place les outils pour mesurer toutes les formes de consommation. Le cycle est continu.
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