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Prenez le temps de préparer votre projet!

Mercredi 28 Avril 2010

Mauvaise définition des objectifs, attentes mal précisées, sous-évaluation de l’importance de l’exploitation… Quelques conseils pour éviter les écueils



Prenez le temps de préparer votre projet!
«La virtualisation permet d’innover tout en avançant. En soi, c’est fantastique. Mais, sans une bonne préparation, vous risquez l’enlisement, prévient Jerry McCrohan, Regional Service Executive, CSC. Votre première priorité sera donc de fixer des objectifs, que ceux-ci s’expriment en termes de retour sur investissement, en termes de cibles organisationnelles ou de processus opérationnels

La virtualisation ne s'achète pas sur catalogue et ne se résume pas à un assemblage de technologies et de produits. La virtualisation est un projet. Il faut bien comprendre le contexte du client, ses objectifs et, d'une manière générale, quelles sont les problématiques qu’il souhaite résoudre. Ces objectifs définiront ensuite les jalons du projet à poser et les indicateurs de ROI à surveiller.

Ce travail préliminaire est d'autant plus important que, selon les experts interrogés, trop de projets sont menés tambour battant. La virtualisation, alors, ne génère aucun gain. Pis! elle peut être facteur de dysfonctionnement ou de ralentissement des performances, en particulier si la phase d'étude préalable est expédiée.


«L’inventaire initial est fondamental, assure Yves Majerus, SBS Solution Architect Team Leader, Systemat. Il faut une photographie précise de l’existant. Ce qui veut dire connaître le taux d’utilisation du CPU, de la mémoire, des disques, du réseau. Cette photo, nous la prenons sur une durée d’un mois, seul moyen d’imaginer le ‘sizing’ du projet. Cette approche est fondamentale; elle seule permettra de lancer une discussion sur des bases précises.»

Cette «photographie» va permettre de voir comment fonctionne l’entreprise, d’évaluer l’impact de ses bases de données par exemple -faut-il virtualiser les DB d’Oracle? D’expérience, on sait que le sujet est sensible, explique-t-on encore chez Systemat. «On éditera ensuite une cartographie des zones sensibles, moins sensibles et faciles, enchaîne Didier Brams, Datacenter Administrator. Au besoin, on fera un PoC. Cela permettra d’éviter les pièges. Ceux-ci sont parfois infimes, comme ces cartes iSCSI qui ne sont pas supportées…»

Ainsi, Unisys préconise la mise en place d’une véritable stratégie pour «se préparer au monde virtuel», selon l’expression de Wim De Bruyn, Engagement Manager, Worldwide Services Operations, et éviter les écueils liés aux bases de données, au stockage, à la gestion des licences ou à l’administration des fermes de serveurs virtuels.


«Faute de conception et de mesure, le risque est grand de s’engager dans des stratégies de virtualisation sans réelle idée de leurs effets concrets.» Selon Unisys, le danger tient au paradoxe de la virtualisation: trop facile et trop abordable. Du coup, on s’y engouffre sans planification.

IBM confirme. La plupart des organisations commencent par élaborer un simple projet de virtualisation de serveur. Ce qui permet de réduire les coûts administratifs et d’application et d’utiliser au mieux les ressources existantes. Cette réussite entraîne un autre projet de virtualisation, suivi par un autre et encore un autre. «En fin de compte, les administrateurs des systèmes sont dépassés par l’étalement des serveurs virtuels, analyse Ludovic Gilles, Sales Manager Global Technology Services. La gestion des services et des technologies ralentit et nombreuses sont les personnes qui se dépêchent de déplacer les ressources virtuelles avant que les temps de déploiement ne s’écoulent; finalement, les avantages s’envolent!»

Exemple typique, la prolifération des machines virtuelles. «La facilité de la technologie renforce ce sentiment d’indépendance, de totale liberté, regrette Laurent Cornet, Senior IT Specialist, IBM. Très vite, on peut se retrouver avec 25% de machines supplémentaires à gérer! Ce que vous gagnez d’un côté, vous le perdez de l’autre… L’infrastructure n’est pas tout, encore faut-il la gérer. Aujourd’hui, fort heureusement, nous disposons des outils pour réduire l'étalement des serveurs virtuels au moyen de rapports sur l'utilisation des machines virtuelles


Et tous les acteurs de mettre en avant leurs outils, leurs services. Unisys Virtualization Operational Readiness Assessment, par exemple, permet de comprendre l’impact opérationnel de la virtualisation. A travers des ateliers, il est possible de déterminer les changements à apporter aux processus métier et informatiques en vue de la virtualisation, identifier les lacunes, hiérarchiser les priorités et évaluer les technologies et les problèmes relatifs aux ressources humaines et processus susceptibles d’avoir une incidence sur la mise en œuvre. «Il ne faut surtout pas se lancer dans la virtualisation pour la simple raison que tout le monde le fait, conseille encore Wim De Bruyn (Unisys). Il faut savoir pourquoi on le fait, ce qu'on fait et comment on adapte cette technologie à ses propres contraintes!»

Et Jerry McCrohan (CSC) de répondre en écho: «Ne vous précipitez pas! Formalisez bien les objectifs, prenez le temps d’écouter les utilisateurs. Ne perdez jamais de vue le Change Management de ce type de projet. Au besoin, menez une étude d’impact. Car si, technologiquement, la virtualisation est désormais abordable, vous risquez de mauvaises surprises sur les plans fonctionnel et organisationnel. Tout ne se prête pas à être virtualisé!»

De là, encore une fois, l’importance de l’audit initial, rappelle-t-on chez Cheops. Cela signifie qu'il faut un inventaire précis: nombre de serveurs installés, configuration matérielle, configurations logicielles, versions des logiciels… Cet audit doit être réalisé sur plusieurs jours, idéalement sur plusieurs semaines car il peut y avoir des pics de charge sur certaines applications liées à l'activité de l'entreprise. «L’objectif est de faire ressortir clairement les carences matérielles et logicielles, quitte à conduire à un renouvellement de machines avant de virtualiser l’infrastructure, commente Filip Goos, CEO, Cheops. Le tout est de préparer à la phase d'analyse des licences logicielles du parc informatique

Etape suivante, l’évaluation du ROI. Lequel se chiffre généralement en mois, plus sûrement en années. Le calcul s’impose pour avoir le recul nécessaire sur la technologie… et crédibiliser son discours auprès de la direction générale et des autres directions métiers. Il faut prendre en compte aussi bien le coût du projet et des investissements en termes de nouveaux matériels que les risques, la formation du personnel et le plan de reversibilité si cela ne marche pas, le stockage des machines. Ce n'est pas un calcul anodin, confirme Cheops.

Commencer par rationaliser et standardiser la couche applicative avant même de songer à virtualiser, conseille IBM. Sinon, c’est risquer d’aller droit dans le mur! Rapidement, vous allez bloquer, vous n’atteindrez pas l’agilité que vous escomptiez. «Démarrer par la couche applicative génère automatiquement des économies», renchérit Ludovic Gilles (IBM).

Ce pré-requis est aussi un garde-fou: toutes les applications ne gagnent pas à être virtualisées. «Les applications intensives en I/O, en particulier, ne sont pas de bonnes candidates à la virtualisation, rappelle Didier Brams (Systemat), à moins de leur dédier des périphériques spécifiques. De même, il faut éviter une trop grande concentration d'applications réseau sur un même serveur physique. Si un serveur physique peut accueillir jusqu'à 10 applications sur 10 serveurs virtuels, ils ne disposent que d'une seule carte réseau. Le matériel reste parfois un point de contention qui limitera l'ambition d'un projet de virtualisation…»


L'approche «big bang» est clairement déconseillée sur un projet de virtualisation, rappelle-t-on chez Unisys. Il faut, au contraire, se donner le temps de réaliser un cahier des charges qui tienne compte de la charge et de la disponibilité des applications clients. En s'appuyant sur un outil de déploiement unique, et cela quel que soit le support de destination, le département informatique commencera par migrer les environnements de tests et de développement avant la production…

Du temps… «J’en suis conscient, le temps est la ressource dont on manque le plus, reconnaît Jerry McCrohan (CSC). Pour le NHS, en Grande-Bretagne, nous avons virtualisé 4.800 serveurs en neuf mois, ce qui nous a laissé peu de marges. Par manque de temps, nous n’avions pas droit à l’erreur. Or, pour réduire les risques, il faut du temps tant pour concevoir la solution que pour la tester. Et qui dit test dit mesure. La virtualisation étant un projet majeur, qui implique toute l’organisation, il faut vraiment se donner le temps de tout mesurer. Et, à l’issue du pilote, intégrer le feedback.»

Une bonne préparation, comprenant également la formation, majore le coût initial (licences) de 20 à 30%. «Dans les projets où le critère financier est dominant, ça peut coincer, surtout si les opérationnels ne sont pas les décideurs, prévient Yves Majerus (Systemat). C’est dommage! On risque vite, alors, de passer à côté des avantages de la virtualisation…»

A qui s’adresser? Les certifications ne disent pas tout. Le conseil, l’analyse et le support font la différence. «Privilégiez les équipes pluridisciplinaires, conseille encore Filip Goos (Cheops). Dans ce type de projet, on ne peut isoler les serveurs du stockage et du réseau. J’ai vu quantité de projets où l’on avait sous-estimé le stockage ou le dimensionnement du réseau. Lors de la restauration d'une image de machine virtuelle, le réseau doit être capable de continuer à offrir la même qualité de service à toutes les applications…»



La virtualisation ouvre les portes du Cloud Computing. Il s’agit donc de la considérer comme un investissement sur le long terme. «L'objectif pour une entreprise est de rester compétitive face à la concurrence et pouvoir adapter son système d'information rapidement, nuance Ludovic Gilles (IBM). On parle ici d’avantages concurrentiels, et non plus de technologies. Il faut donc pouvoir évaluer les gains à tous niveaux. Ainsi, les économies réalisées par une modernisation et une rationalisation du portefeuille applicatif proviennent prioritairement de la gouvernance, ensuite de la consolidation des applicatifs. Chacun de ces postes permet de générer des économies de l'ordre de 15 a 25%, soit un total de l'ordre de 30 à 50%. L'impact sur l'infrastructure est compris dans ces chiffres

Une bonne gouvernance suppose de bons usages. D’où l’importance de la formation, autre poste encore trop souvent négligé pour des raisons budgétaires. Pourtant, elle est capitale. Traditionnellement, un administrateur gère en moyenne 30 serveurs physiques; en environnement virtuel, il va pouvoir gérer jusqu'à 300 machines virtuelles. «Il est indispensable que l'administrateur soit formé à ce nouvel environnement; il est nécessaire aussi de sensibiliser l'équipe dirigeante afin qu'elle soit consciente des changements en termes d'organisation, de méthodes de travail et l'investissement qu'il est nécessaire d'engager pour la réussite du projet», suggère Jerry McCrohan (CSC). Cela donne à l'administrateur des responsabilités plus importantes. Il faudra donc définir de nouvelles règles de gouvernance pour déterminer son rôle précis.

Et Wim De Bruyn (Unisys) de conclure: «Si cette technologie est simple à utiliser, ne perdez jamais de vue qu’elle peut devenir un vrai cauchemar à exploiter si elle n'est pas maîtrisée!»


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