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Rassembler et promouvoir les initiatives ICT wallonnes

Rédigé par La rédaction le Mercredi 16 Avril 2008
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Pas de reconversion économique comme celle qu’a connue la Silicon Valley aux Etats-Unis. Trop tard! Il n’empêche, nombre de TPE et PME wallonnes font preuve d’une formidable créativité. L’innovation est partout. Mais encore faut-il pouvoir l’identifier, la canaliser et la promouvoir. De là, la multiplication des actions de sensibilisation, de formation et d’accompagnement. Sont-elles suffisantes? Rencontrent-elles Iles besoins? A l’occasion du forum Business Solutions, qui s’est tenu le 6 mars, Solutions a fait le point.



Interview de:
Pierre Lelong,
Manager, Technofutur TIC
Thierry Villers,
Directeur, Infopole
Renaud Delhaye,
responsable,
Agence Wallonne
de Télécommunications
Marc Hermant,
Agoria ICT


Image terne, image d’une région encore à la traîne. Franchement, reflète-elle la réalité? Qu’en est-il plus particulièrement, dans le domaine des technologies de l’information?

Marc Hermant: «L’image est faussée, trompeuse. Il y a en Wallonie de plus en plus d’entreprises ICT, de plus en plus d’emplois -proportionnel¬lement, l’évolution y serait même plus soutenue qu’au nord du pays. Et le chiffre d’affaires de ces entreprises est en constante progression… Bien. Structurellement, cependant, 80% des entreprises comptent moins de 20 personnes et 40% comptent moins de 5 personnes. Contrairement à la Flandre, la Wallonie peine à compter des entreprises de 20 à 50 collaborateurs. Et sur le marché, cet écart peut être discriminatoire. C'est toute la difficulté de l’ICT wallonne.»

Finalement, la Wallonie ne cumule-t-elle pas plusieurs handicaps dans la mesure où elle accueille peu de grandes entreprises -ayant un siège décisionnel local- et peu d’investisseurs…

Pierre Lelong: «Ce serait faire peu de cas des BSB, EVS, IRIS, Systemat ou Selligent. Regardez le chemin parcouru par ce spécialiste du CRM: le voici, après quelques années, qui vient de franchir le seuil des 10 millions d’EUR de revenus en licences; le voici, aussi, qui vient chatouiller les grands du secteur, les SAP et Oracle, sur le territoire américain. Dans un marché qu’on dit en phase de consolidation, ça compte… Alors, pourquoi pas davantage de Selligent? La problématique, à mon sens, se situe ailleurs: la Wallonie recense un grand nombre de petites structures très spécialisées qui évoluent de manière isolée, alors qu’elles peuvent générer de réels succès. Peu de contacts entre elles, peu d’échanges. Pas assez de mobilité, aussi.»

Philippe Villers: «De là notre mission à l’Infopole: fédérer les compétences universitaires et industrielles pour constituer un pôle d’excellence dans les technologies de l’information et de la communication.
Et donc valoriser les expertises régionales disponibles, renforcer leur positionnement aux niveaux local, régional, national et international. C’est ce que viennent de faire DefinITion et Now.be. Ces deux membres du Cluster TIC d’Infopole ont scellé un partenariat dans l’e-learning. Depuis le début de cette année, le premier apporte ses compétences en développement, le second son expertise pédagogique. A ce stade, il s’agit d’un partenariat stratégique destiné à rapprocher les compétences. Le développement des affaires décidera de la création ou non d’une joint-venture entre les deux sociétés… »

Renaud Delhaye: «Les pôles de compétitivité sont une aubaine pour ces spin-off et ces start-up qui se retrouvent associées à de grands groupes industriels. Je pense à TransLogisTIC qui vise à développer un transport combiné complet et performant en Région wallonne -dans lequel le transport ferroviaire devrait reprendre une place primordiale en accord avec la politique européenne (MARCO - POLO)- ainsi qu’une logistique de qualité à haute valeur ajoutée. Ici, des sociétés comme Logiplus, CE+T, n-Side, Sodiplan, IT-Op-tics et ACIC se retrouvent associées à des Alstom Belgium, coordinatrice du projet, Thales Alenia Space ETCA et Trasys… »

Ces relations peuvent être, aussi, transnationales…

Marc Hermant: «Bien sûr! Dans son Atlas transfrontalier des technologies IT, Digiport, le centre de services experts en technologies de l’information de la Technopole Lille Metropole, a identifié quatre grandes zones d'activités: Halle-Vilvoorde avec près de 13% de salariés travaillant dans les technologies de l’information, Bruxelles-Capitale avec 11,4%, la région lilloise avec 8,3%... et le Brabant wallon avec 7,8%. Ce qui veut dire, aussi, qu’en Wallonie une province domine largement; une province tire les autres. Suivent dans l'ordre les provinces de Liège, du Hainaut, de Namur et de Luxembourg.»

Thierry Villers: «Si des projets de recherche sont menés avec le nord de la France et le Grand-Du¬ché de Luxembourg, je pense en particulier aux liens très étroits entre le CETIC et le CRP Henri Tudor à Luxembourg dans le domaine de la qualité logicielle, on ne peut que regretter que les TPE et PME wallonnes ne coopèrent pas davantage au niveau régional, en particulier au travers des clusters.»

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Pas suffisamment d’échanges, donc pas suffisamment de visibilité. Que faire, d’autant que l’on voit éclore des entreprises proposant des services ou des produits très pointus dans des domaines aussi variés que la traçabilité, la mobilité, la sécurité, l’e-learning, la reconnaissance vocale, le multimédia ou encore les applications Web 2.0?

Renaud Delhaye: «Multiplier les actions! C’est ainsi que l’AWT a lancé voici quelques mois une campagne de témoignages d’entreprises du secteur proposant des services innovants -dont RFIDEA, Extenseo, Telemis, Euremis, UbiCall ou bien encore DMoon. Cette stratégie de mise en avant des bonnes pratiques sera encore amplifiée, notamment grâce au recours systématique au support d’AWT TV.Toujours dans cette optique de valorisation et de développement de l’offre, l’AWT a également lancé le M-Forum. Véritable forum de la mobilité professionnelle, son objectif est d’illustrer les bonnes pratiques en matière d’applications mobiles. Plusieurs dizaines de PME du secteur y participent. D’autres technologies pourraient faire l’objet d’initiatives du même type.»

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Susciter l’innovation, encourager les échanges… Quid, dans ce contexte, des ressources tant humaines que matérielles ?

Marc Hermant: «Aujourd’hui, de nombreuses TPE et PME butent faute de collaborateurs spécialisés. Régulièrement, je rencontre des entrepreneurs qui me disent devoir refuser des projets par manque de ressources… C’est vrai en Wallonie, c’est vrai partout en Europe. Et la situation n’est pas prête de s’éclaircir Les technologies de l'information n'attirent pas suffisamment. Cela dit, à l’exception de certaines activités comme le développement, faut-il pour autant engager des informaticiens? Les ténors du service informatique et les grands cabinets de conseil ont démontré que non. Ils ont ouvert d’autres pistes. Nous connaissons tous des sociologues ou des historiens de l’art qui font aujourd’hui carrière dans l'informatique... Hélas, trop de responsables HR achoppent encore sur l'idée même de cette opportunité.»

Pierre Lelong: «Je constate la même inadéquation côté financier. La plupart des projets sont menés en fonds propres, partant du principe qu’aucune banque ne suivra. En même temps, j’entends les investisseurs se plaindre du manque de projets! C’est la preuve, une fois encore, du manque de communication, du manque d’échanges…»

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Que faire?

Pierre Lelong: «Favoriser les échanges, multiplier les rencontres! Une initiative telle que Solutions Business, le plus important événement consacré au secteur des technologies de l’information en Wallonie, participe à cet effort. Le 6 mars, à Charleroi, plus d’un millier de responsables, issus aussi bien de la sphère régionale que de la sphère privée et publique, ont répondu à l’invitation. Le succès de cette manifestation -la troisième édition!- tient au fait qu’il s’agit d’un forum et non pas d’un salon. Pas moins de 24 workshops étaient proposés! Si je devais réduire le projet à deux mots, ce serait ‘business’ et ‘networking’… Outre cette initiative ponctuelle, il faut souligner le rôle conséquent et permanent que jouent l’AWT, Technofutur et Infopole. Mais ce n’est toujours pas assez. Aussi, faut-il songer à développer d'autres initiatives afin de multiplier les opportunités. Personnellement, je crois beaucoup aux incubateurs, qu’ils soient réels ou virtuels.»

Encourager les entreprises du secteur IT est une chose, accompagner les TPE et PME qui misent sur les technologies de l’information pour développer leur business en est une autre. Une des initiatives les plus intéressantes en Wallonie a été le développement des RENTIC. Quel bilan tirez-vous de cette initiative?

Renaud Delhaye: «Le principe consiste à proposer aux entreprises qui en font la demande le conseil et le support d’un spécialiste pour mettre en place un projet e-business -site Internet, réseau intranet, base de données partagées entre plusieurs sites, etc. Ce RENTIC devient en quelque sorte l’architecte’ du projet. Il a pour mission d'épauler l'entreprise dans la définition de ses besoins, la recherche d’une solution adaptée, la rédaction du cahier des charges et l’accompagne¬ment dans la mise en place de la solution jusqu’à ce qu’elle porte ses fruits… Concrètement, 80% du coût du conseiller sont pris en charge par la Région wallonne. A ce jour, quelque 750 dossiers ont été comptabilisés. Et l’initiative fonctionne avec une quarantaine de spécialistes, un nombre qui devrait être porté à cinquante au vu de la progression des demandes: + 50% au cours de l’année 2007.»

Pierre Lelong: «Par ailleurs, la Région wallonne octroie des primes pour la création d’un site d’e-business, celle-ci couvrant au maximum 50% des coûts de réalisation du projet et ne pouvant dé¬passer 15.000 EUR… Seule ombre au tableau: les aides e-business restent insuffisamment connues et utilisées. Selon une récente étude, à peine 21% des PME wallonnes connaissent l’existence d'aides spécifiques en matière d'e-business. Ce qui signifie qu'il y a, Va aussi, un effort à produire.»

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Autre initiative, eTIC. Avec ce label, l’ambition est de renforcer la confiance dans l’e-business. Une nécessité?

Thierry Villers: «Pas d’e-business sans un socle
solide de confiance entre l'offre et la demande. Plus de 250 sociétés ICT ont signé cette charte et peuvent donc mentionner le label sur les offres qu’elles remettent à leurs prospects. Il ne s’agit pas à proprement parler d’un label de qualité dans le sens usuel, puisqu’il ne garantit pas au client, par exemple, que le service délivré est d’un niveau de qualité technique irréprochable. Concrètement, la charte contraint le fournisseur à aborder avec son client, dès l’établissement de l’offre, des points clés qui pourraient être sources ultérieurement de litiges s'ils ne sont pas clarifiés, tels que la maîtrise des coûts et des délais, les droits de propriété intellectuelle ou la portabilité de la solution, et l’engage à veiller à l’adéquation du service par rapport au besoin du client ainsi qu’à assurer une bonne coordination avec les sous-traitants éventuels. En poussant à ce dialogue, cette charte déontologique conduit à l’établissement de contrats plus équilibrés, qui passent mieux l’épreuve du temps…»

Sensibilisation, information…Qu’en est-il de la formation? La réponse ne situe-t-elle pas à ce niveau?

Pierre Lelong: «Oui, pour une bonne part.
Nous avons tous les outils pour le faire. Songez à l'émergence définitive de l'e-learning et du multimédia en ligne (TV, Web TV, videocasting) doit également être mise a profit pour la sensibilisation. Chez Technofutur, nous avons formé 7.500 personnes et organisé 350.000 heures de cours en 2007… C’est énorme. En même temps c’est trop peu au vu des besoins.»

Renaud Delhaye: «De nombreux efforts de formation se sont concentrés sur l’explication du fonctionnement des technologies et de leur utilité. De plus en plus, la formation englobe aussi les aspects managériaux de l’utilisation des technologies de l’information. Et pour cause: elles réorganisent immanquablement les processus de travail. Ce sont ces coûts indirects ou cachés qui rebutent encore de nombreux dirigeants d’entre¬prises en matière d'e-business. Identifier ces coûts et apprendre à les gérer implique de former les dirigeants d’entreprises sur ces questions.»

Marc Hermant: «Reste à concrétiser cette ambition. Et là, rien n’est simple… A écouter les entreprises, la formation est primordiale. Ce serait même une priorité. Mais dès qu’il s’agit de passer à l’action, la réponse est souvent unanime: ‘pas le temps !’ Je constate aussi que la formation est le premier budget qu’on gèle… »

Pierre Lelong: «On en revient à la question de
la taille, à cette difficulté à évoluer. Aussi, faut-il multiplier toutes les initiatives permettant à ces entreprises de participer à des opportunités de marché élargies en se regroupant de manière complémentaire. Cela passe évidemment par des lieux de rencontre, des forums, des clusters. Cela passe aussi par la technologie. Il est aujourd’hui possible de virtualiser cette démarche en multipliant de facto les partenariats potentiels et en abolissant les notions de temps et de lieu. Ces ‘rencontres 2.0’, comme le permet par exemple
www.marketingonthebeach.com, offrent des informations, des opportunités de marché, des pistes de réflexion intéressantes sans réclamer pour autant de grandes ressources au départ. De toute évidence, coûte que coûte, il nous faut rassembler et promouvoir toutes les initiatives qui vont dans ce sens.»

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