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L’algorithme au coeur de la quatrième révolution

Sep 18, 2020 | Data Intelligence | 0 commentaires

Autour de l’algorithme, nous allons vivre une rupture technologique sans précédent, laquelle va bouleverser notre modèle économique, selon .

La révolution de l’algorithme. Induite par le changement climatique et l’évolution des outils digitaux, la quatrième révolution industrielle sera mathématique : gérer les données massives avec l’intelligence artificielle et la blockchain. «Nous ne sommes qu’au début du mouvement, qui sera profond et rapide», soutient Philippe Dessertine, directeur de l’Institut (français) de Haute Finance. Cette rupture technologique s’inscrit aussi dans un changement de leadership au niveau mondial.

Et c’est maintenant ! Invité jeudi 17 septembre à Luxembourg dans le cadre des Rencontres Stratégiques du Manager organisées par , le professeur en science de gestion à l’Université Paris Panthéon Sorbonne estime qu’il nous faut agir au plus vite. A l’entendre, le «shutdown» du printemps doit être compris comme un signal. Un nouveau départ. «C’est une situation tout à fait inédite, pour laquelle nous n’avions aucune expérience, aucun référent. On s’est rendu compte que l’on pouvait  vivre et à travailler autrement, à produire de la valeur sans polluer, à changer nos priorités. En deux mois, nous avons expérimenté notre capacité à changer, à changer vite, très vite !» 

Changement de leadership

Si l’on s’en tient à une projection purement économique, le redémarrage proviendra du continent asiatique. L’Europe doit donc raccrocher son wagon à cette locomotive, qui prend le nouveau leadership mondial. «A chaque siècle, son leader : la France au dix-huitième siècle, l’Angleterre au dix-neuvième, les Etats-Unis au vingtième. Et là, nous observons une montée en puissance du continent asiatique. Soit 4,5 milliards de personnes, une production accélérée et une croissance au rendez-vous. Nous devons y être attentifs. Surtout, accepter cette migration inéluctable vers une pensée et une logique plus confucéenne du monde

Philippe Dessertine : “Cette rupture technologie est une formidable opportunité pour nous sauver du dérèglement climatique, de la crise sanitaire, de l’héritage de la dette et du changement de leadership, les Etats-Unis s’effaçant derrière l’Asie.» – Reportage photographique : Aurore Delsoir

Contrairement à la première et à la deuxième révolution industrielle, la quatrième n’est pas basée sur l’énergie, mais sur l’algorithme. Elle est intellectuelle et moins polluante. Et ça tombe bien, rassure le professeur Dessertine. Cette révolution est une bonne nouvelle -la seule d’ailleurs. «J’y vois une formidable opportunité pour nous sauver du dérèglement climatique, de la crise sanitaire, de l’héritage de la dette et du changement de leadership, les Etats-Unis s’effaçant derrière l’Asie.»

Qu’est-ce qu’une révolution industrielle ?

Après la vapeur, l’électricité considérée comme majeure et l’informatique considérée comme mineure, nous entrons dans une méga révolution initiée dans les années 2000 avec la digitalisation de l’économie.

En sommes-nous conscients ? C’est toute la question. Selon Philippe Dessertine, nous manquons de recul pour comprendre ce qu’est une révolution industrielle. «Aujourd’hui, personne ne peut plus témoigner. En 1900, à la Belle Epoque, il y avait 1 million de chevaux à Paris avec tout l’écosystème qui gravitait autour. En 1930, il en restait 4.000. On construisait alors des routes, des pompes à essence, des garages»

Maréchal ferrant était ‘le’ métier le plus sûr. Trente ans plus tard, on était garagiste, pompiste… «Dans une révolution, tout change. Un des problèmes majeurs est la valeur des choses. Une entreprise florissante qui vaut des milliards peut disparaitre, comme ce fut le cas pour les constructeurs de diligences. Qui aurait imaginé qu’une entreprise née dans un garage, comme , vaudrait aujourd’hui plus de 2.000 milliards ?»

Un cruel manque de perspective du futur

Pour construire le monde de demain, il faut arrêter de regarder dans le rétroviseur en appliquant les vieilles recettes. «Avec sa seule trésorerie, pourrait se payer les trois premiers constructeurs automobiles mondiaux ou un géant aéronautique. Or, il ne le fait pas… Pourquoi ? Pourquoi, aussi, ne sommes-nous pas présents aux côtés des , ou ? Pourquoi la valeur boursière de ce dernier -qui vend moins de 300.000 voitures par an- a dépassé les 100 milliards USD, un montant largement supérieur au numéro un actuel, Volkswagen ?» La réponse : un cruel manque de perspective du futur.

L’expérience de la crise sanitaire révèle nos forces et nos faiblesses. Elle montre que l’on ne peut plus agir sur une rentabilité monétaire à l’ancienne. «La révolution technologique s’accélère. Nous devons changer de logiciel économique, créer de nouvelles richesses, en se focalisant sur des indicateurs d’impact, et non plus sur la seule rentabilité monétaire. Les majors du venture capital y arrivent, pas les banques traditionnelles.»

Se préparer à l’inimaginable 

Notre erreur : investir en nous reposant sur l’expérience du passé. Pourquoi tant miser sur la production alors que nous évoluons dans un monde de services, questionne Philippe Dessertine. Retenons les signaux lancés par les plus jeunes générations, plus sobres, rejetant l’ostentation, le gaspillage. En effet, les plus jeunes veulent du pratique, de l’abordable et consommer moins d’énergie. La notion de propriété évolue. On ‘uberise’ tout : on partage son logement, sa voiture, son vélo, sa trottinette et sa tondeuse à gazon.

Il faut se préparer à l’inimaginable ! Or, à chaque fois, on pense que la diligence va perdurer… Les grandes structures disparaissent toutes dans les périodes de grande transformation. «Chez Daimler, on me disait récemment que d’ici à cinq ans la société se transformera autour des services de mobilité, capitalisant sur son image de qualité.»

A un groupe de financiers, Mark Zukerberg soutenait que son problème, aujourd’hui, tenait à la taille de Facebook. L’entreprise est trop grande pour encore évoluer. Pourquoi, reconnaissait-il, n’avons-nous pas été capable d’inventer WhatsApp ou Instagram ? Pourquoi, avec nos ressources, n’avons-nous pas été capables d’inventer les principes qui régissent ces applications ?

Les Etats financent le passé !

Le message est clair : inutile de tenter de créer un GAFA. Inventons autre chose, soutient Philippe Dessertine. «Allons plus loin sachant que l’avenir est lié à l’algorithme, à l’intelligence artificielle, à la blockchain. En Europe, nous avons les meilleurs mathématiciens. Mais les structures de financement ne leur permettent pas de créer le monde de demain. Ils s’en vont donc travailler chez les Google et consorts, tout étonnés, d’ailleurs, de payer si peu cher des gens d’une telle qualité… et, qui plus est, fidèles; nous, Européens, nous trainons toujours cette idée dépassée de faire carrière !»

Côté politique, rien à attendre. Les Etats financent le passé. Et cela a toujours été. Pour rappel, ce sont des industriels et des investisseurs privés qui ont financé les premiers chemins de fer. Les services publics sont dans la réaction plutôt que dans l’action. Aujourd’hui, de la même façon, nos politiques cherchent à taxer les GAFA plutôt qu’à anticiper, a lancé Philippe Dessertine au secteur financier luxembourgeois. «Vous seuls pouvez changer l’ordre des choses. Et c’est maintenant qu’il faut changer !»

Cette crise est terrible… vu de l’ancien monde

Certes, il nous manque un outil comme le NASDAQ. Des ou , ces entreprises à fort potentiel, ont choisi d’être cotées au NASDAQ plutôt qu’en Europe. C’est bien la preuve de notre difficulté à valoriser les entreprises technologiques. Les gérants d’actifs, mais aussi les particuliers, préfèrent des placements moins risqués, tout en se plaignant d’un faible return. «Il faudrait, au regard de la réussite foudroyante de la Silicon Valley, passer à une économie qui mise sur les start-up,  une culture davantage portée sur la créativité et l’expérimentation. Quant à l’argent, il est là. Le total de l’épargne des ménages européens s’élève à 7 300 milliards EUR, un record. Dans la zone euro, elle a progressé de plus de 130 % pendant la période la plus dure du confinement, entre mars et avril.»

La crise ? La crise, vraiment ? Pas aujourd’hui. Toutes les bourses mondiales n’ont pas dévissé. Le NASDAQ, où sont cotées les plus grandes entreprises technologiques, a franchi la barre des 10.000 points pour la première fois de son histoire, alors même que le monde rencontrait une récession inédite. Outre Amazon et Zoom, l’indice est boosté par une hausse de 25 % des cours d’Apple et Microsoft depuis le 1er janvier. Qui a dit que cette crise économique était terrible ? Elle l’est seulement si l’on s’intéresse à l’ancien monde.

Place aux indicateurs d’impact

Le message aux financiers est clair : les techniques vont se réinventer, avec une part de plus en plus forte de nouvelles technologies, comme la blockchain, les cryptomonnaies, les plateformes numériques connectées et l’utilisation massive de l’intelligence artificielle.

Mais avant tout, ce sont de nouvelles manières de représenter la performance qui vont prévaloir, insiste encore Philippe Dessertine. «Une performance qualitative, ouvrant la voie à une autre mesure de la création de richesse, dont les traductions dans les pratiques et les outils de la finance seront considérables. Les indicateurs d’impact seront la pierre angulaire de cette logique de rupture. C’est la perspective d’un renouveau qui, seule, compte.»

Propos recueillis par Alain de Fooz

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