Chez certains clients, c’est l’affolement, observe Peter Rimaux, Unit Manager, Econocom Managed Services. «On sent la volonté d’en finir au plus vite. Ce qui, concrètement, s’est traduit par une prise de décision en janvier… avec l’espoir d’une mise en production du nouvel environnement en mai ou juin! C’était oublier que tout projet de migration exige de la préparation, beaucoup de préparation, donc du temps. Bref, des délais impossibles à tenir!»

L’origine de ces retards? Manque de budgets! Si la question du projet de migration a été abordée en 2013, la plupart des budgets ont seulement été alloués cette année -s’ils l’ont été. «C’est le problème des migrations: on les perçoit comme des contraintes que l’on postpose, et non comme des projets stratégiques.»

Etienne Coppin, Expertise Center Manager, Systemat, se dit étonné du nombre d’entreprises qui acceptent le risque de laisser l’infrastructure en l’état… par manque de ressources. Et d’expliquer: «Migrer veut aussi dire, dans la plupart des cas, changer les postes de travail. Et si les budgets ne sont pas là, le ‘go’ ne suit pas, tout simplement!»

C’est vrai dans le privé, c’est vrai dans le public. Au niveau des services publics, on compte encore un grand nombre de machines sous . Mais plus pour longtemps. «Les migrations vont suivre», assure Econocom.

XP FAIT DE LA RESISTANCE! Le 8 avril 2014, date de la fin du support, plus de 50% des postes de travail des clients de Systemat tournaient encore sous . Chez Sogeti, 40%. Et chez Econocom, 25%. Enfin, chez les intégrateurs très engagés dans les pouvoirs publics, on avance -sous couvert d’anonymat- des ordres de grandeur bien plus importants…

Les risques sont connus. Le plus important est la constitution de botnets, ces réseaux de machines zombies exploitables à distance par des pirates et pouvant être utilisés pour déclencher de vastes attaques distribuées ou générer du spam.

Premier constat: le niveau de réactivité varie d’un secteur à l’autre -en fonction des risques. L’industrie, par exemple, s’estime moins vulnérable que la finance, constate Kamel Abid, Expert Leader UC/Desktop – Delivery Manager, Sogeti. «On ne change pas un robot parce qu’il tourne sous XP! L’investissement -qui n’est d’ailleurs pas du ressort du responsable ICT, mais du responsable de la production- serait trop lourd.»

Assignés à des tâches très spécifiques et, le plus souvent, sans lien avec l’extérieur, ces PC -par nature isolés- sont sans danger. Ou, du moins, le risque est connu, donc accepté. Situation temporaire, bien sûr. Quand de nouvelles générations d’automates arriveront avec Windows Embedded 8, l’OS spécialement adapté pour les systèmes embarqués, la question sera reconsidérée. Mais pas avant…

«Ces situations ne sont pas exceptionnelles, observe Etienne Coppin. Nous les avons rencontrées chez un client du secteur pharmaceutique et chez un client du secteur aérospatial: migrer signifie redévelopper les applications. De là, des surcoûts. Cela dit, même si nous avons renforcé l’isolation des machines, nous avons été contraints d’amender le contrat de support. Nos clients ont signé en toute connaissance de cause.»

PROJET SOUS-EVALUE. «Migrer ne s’improvise pas. Autant faire de ce qui peut apparaître comme une contrainte un véritable projet d’entreprise, par exemple pour renforcer la mobilité et introduire le BYOD sur de bonnes bases», préconise Kamel Abid.

Sogeti a développé Windows Impact Analysis pour inventorier les logiciels et matériels, évaluer leur compatibilité, les catégoriser, reporter, rationaliser et tester. «Cette notion d’assessment est fondamentale, poursuit Kamel Abid. Peu d’organisations sont en mesure de préciser le nombre d’applications qu’elles utilisent ou, plus simplement, le nombre d’applications dont elles sont propriétaires. Moins encore sont capables de les répartir par usages -bureautique, classique ou business…»

Migrer, donc. Mais pas nécessairement vers Windows -une version ne chasse pas forcément l’autre. C’est la leçon de cette séquence. L’arrivée de Windows 7 et 8 a pu apparaître comme une forme de vente forcée, analysent les intégrateurs. Les éditeurs aussi -VMware n’a pas hésité à parler de «taxe Microsoft»…

Autant dire que Citrix et VMware, ambassadeurs de la virtualisation, en ont profité. «Plutôt que migrer vers d’autres systèmes, innovez en choisissant une solution VDI ou un parc de tablettes», proposait récemment OVUM, un rien provocateur. De fait, l’important est moins l’OS que l’applicatif. Il est donc très pratique d’utiliser les machines virtuelles ou un mode d’émulation pour continuer à se servir d’applications anciennes…

MIGRER OU MUER? «Même si les entreprises ont été invitées à migrer suffisamment tôt, beaucoup ont entamé une réflexion plus profonde passant par la virtualisation et le cloud, constate Etienne Coppin. En somme, changer de modèle tout en résolvant un problème à la base purement technique.»

Les obstacles étaient connus: problème de vitesse pour uniformiser tous les postes de travail au même moment, problème de compatibilité avec certains logiciels particuliers, problème d’ordre matériel sur certains postes de travail… Conclusion: la virtualisation du desktop peut être une solution parfaite pour migrer en toute facilité!

«Le patrimoine applicatif de beaucoup d’entreprises est composé d’applications et de technologies qui ne sont pas supportées avec Windows 7, Windows 8 et Windows 8.1, et certaines structures ont préféré attendre avant de mener une refonte de leur parc et revoir leur modèle d’environnement de travail», renchérit Peter Rimaux.

Bref, Windows 8.1 apparait comme le grand perdant. «100% de nos clients ont fait le choix de Windows 7, la migration vers Windows 8 étant pour l’instant un projet de niche répondant quasi exclusivement à des problématiques de mobilité», reconnaît Kamel Abid.

Les entreprises sont réalistes: Windows 7 est commercialisé depuis quatre ans; il est stable et bien pris en charge par les applications. Les prestataires de services tiers le connaissent, peuvent le desservir plutôt bien et, surtout, peuvent assurer les migrations. Conclusion: la migration est plus rapide et le risque inférieur avec Windows 7!

Rares sont ceux qui veulent entendre parler de Windows 8, même dans les grands comptes, confirme Etienne Coppin pour Systemat. «On vient d’achever deux grosses migrations, 1200 et 1700 postes, l’opportunité d’installer le denier OS de Microsoft a d’emblée été rejetée. Nous avions déjà connu ce scénario dans le passé avec Vista!»

Autre option: changer radicalement d’environnement. Pour Econocom, «la fin de XP s’est traduite par une très forte poussée en faveur de l’environnement Apple, avec une poussée des ventes de iMac estimée entre 40 et 45%, confie Peter Rimaux. Certes, nous la pressentions, mais pas à ce niveau là!» C’est l’effet de bord de cet événement Microsoft.