Taxer les robots ? C’est voir à court terme ! Investissons dans la formation

par | Fév 9, 2017 | Expérience | 0 commentaires

Taxer les robots pour introduire le principe d’un revenu universel ? Le Parlement européen s’y penche. Mady Delvaux, députée démocrate socialiste luxembourgeoise, est en charge du dossier. 

Pour retrouver notre compétitivité en conservant des salaires élevés et une bonne protection sociale, il nous faut monter en gamme en investissant dans des procédés de production plus efficaces et pouvoir proposer des produits innovants et de qualité.

Donner un statut juridique aux robots est une chose, les taxer en est une autre. Or, la tentation est grande, partant du principe qu’ils nous voleraient nos emplois. C’est une vision erronée. Les pays les plus robotisés, comme la Corée et l’Allemagne, sont ceux qui préservent le mieux leurs industries, donc leurs emplois.

Ce paradoxe résulte de plusieurs mécanismes. D’une part, si le robot accomplit des tâches -souvent pénibles et répétitives- jadis confiées à un opérateur humain, il faut encore et toujours des humains, souvent très qualifiés, pour concevoir, fabriquer et installer les machines. Certes, il n’y aurait pas de gain de productivité si les coûts de conception et de fabrication des robots excédaient les économies qu’ils permettent de réaliser. Mais, par ailleurs, l’entreprise équipée de robots, si elle est devenue plus compétitive, prend des parts de marché à ses concurrentes, ce qui lui permet d’augmenter sa production et d’employer plus de salariés -souvent en dehors de la fabrication. Enfin, la meilleure productivité de l’entreprise se traduit par une hausse de ses marges ou une baisse de ses prix. Dans les deux cas, le pouvoir d’achat supplémentaire qui en résulte crée une demande solvable qui stimule l’économie.

Une partie des emplois créés peuvent ne pas être dans la même entreprise, ni dans le même secteur. Ils peuvent aussi ne pas être dans le même territoire, si la demande supplémentaire se porte plutôt vers des produits importés. C’est pourquoi le lien entre achat de robots et emplois est moins clair et systématique qu’entre robots et croissance de l’industrie.

Cependant, nous n’avons pas vraiment le choix : si une entreprise ne modernise pas son appareil de production, ses produits ne résistent pas à la concurrence et ses usines ferment. Nous ne le voyons que trop souvent. En taxant les robots, on la dissuade de se moderniser, on préserve à très court terme quelques emplois, mais on condamne l’entreprise…

Dans les bons cas, fréquents, l’automatisation des tâches les plus répétitives s’accompagne d’une évolution du contenu des emplois vers des tâches plus qualifiées. Ainsi la multiplication des distributeurs automatiques de billets a permis aux employés de banque de se concentrer sur des tâches plus gratifiantes et plus qualifiées de conseil à leur clientèle.

Si le projet de Mady Delvaux au Parlement européen de donner un statut aux robots fait sens -celle de personne électronique ayant des droits et des devoirs- il serait regrettable d’associer «identité» et «fiscalité». Les emplois qui disparaissent du fait de la robotisation sont en général peu qualifiés. Ceux qui apparaissent exigent, en revanche, un niveau de compétence supérieur. Accompagner les transitions représente donc un immense défi pour les directions des ressources humaines des entreprises pour notre système de formation.

L’enjeu de l’industrie du futur est donc cet accompagnement individuel, par la formation, permettant à ceux qui sont déjà sur le marché du travail d’évoluer vers des tâches plus qualifiées et à ceux qui n’y sont pas encore d’y être bien préparés.

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Taxer les robots ? C'est voir à court terme ! Investissons dans la formation
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Taxer les robots pour introduire le principe d'un revenu universel ? Le Parlement européen s'y penche. Mady Delvaux, députée démocrate socialiste luxembourgeoise, est en charge du dossier. Question : plutôt que taxer, ne vaut-il pas mieux investir dans la formation ?
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